20 octobre
Ce soir-là, dehors, il ventait et il gelait. C'était le printemps, bien sûr, mais le vent était si fort qu'il donnait l'impression d'être au Pôle Nord. Malgré la température qui régnait, j'étais à l'extérieur assise sur mes quelques marches. Je regardais Dame Nature s'acharner sur les lampadaires qui s'éteignaient un par un. J'étais là dehors, seule, à pleurer sur mon pauvre sort. Je sentais chaque battement de mon c½ur m'alourdir, mes poumons écrasés par la souffrance. La nuit d'avant, il m'avait laissée. Lui, celui pour qui j'aurais déplacé des montagnes, décroché la lune, mais que je ne pouvais pas faire par mon simple statut d'humaine. Je pleurais ma défaite, j'avais cru qu'en sortant avec lui, toute ma vie serait parfaite. Elle avait été belle, pendant deux magnifiques années. Mais tout cela n'avait été qu'éphémère, car hier soir il m'a abandonnée. J'ai été complètement anéantie, détruite. Et c'est pour cela que ce soir, j'étais couchée sur ma galerie, me laissant crever de froid. Un coup de vent envoya tous mes cheveux dans ma figure, et je décidai de rentrer. L'ambiance chez moi n'était pas très belle ces jours-ci. Ma s½ur avait décidé de fuguer, et ma mère passait sa colère et sa peine sur moi, si bien qu'elle ne se rendait pas compte à quel point j'étais malheureuse. Je rentrai, et ma mère était au téléphone, elle criait après son interlocuteur, qui devait être mon père. Lui et elle n'avait pas entretenu une belle relation après avoir divorcé, et voilà que ma mère mettait la fuite de ma jeune s½ur sur la faute de mon géniteur, alors que je sais qu'au fond d'elle-même elle savait très bien que cela était de sa faute, à cause de ce qu'elle lui avait fait. Un soir, ma s½ur était rentrée et elle sentait la cigarette, car ses amis en fumaient. Ma mère a passé trop vite aux conclusions, comme toujours, et l'a frappée au visage. Le lendemain matin, nulle trace ni de ma s½ur ni de ses affaires. Seule une lettre m'étant adressée restait, pour me dire de prendre soin de moi et qu'elle m'aimait. Voilà pourquoi cela faisait maintenant quatre longs jours d'inquiétude que ma s½ur était partie. Ma mère raccrocha le téléphone, et me hurla dessus à cause de l'heure. Je lui lançai quelques mots d'injures, pris mon lecteur de musique et sortit à nouveau dehors. Je partis en courant vers le parc le plus près. Je décidai d'y rester jusqu'à temps que je meurs, franchement, j'en avais assez et j'étais crevée, mon cerveau, mon c½ur dans ma poitrine et mon corps tout entier n'en pouvaient plus. J'arrivai au terrain de jeu, et réfléchis à ce que les gens penseraient en voyant une jeune fille en larmes assise en permanence dans le coin du parc. Sûrement croiraient-ils que j'étais dérangée, malheureuse, ou peut-être même sacrément étrange. Et pour la première fois de ma vie, je me fichais royalement de ce que les gens pourrait penser, j'en avais assez de ce monde qui ne pensait qu'à critiquer les autres, ceux qui étaient différents d'eux, comme moi. Je mis mon lecteur de musique, et une bande d'ados passèrent près de moi. Une des filles, une brune avec de grands yeux bleus à s'y perdre et de belles joues rouges, avec des lèvres dont jamais je n'aurais cru voir, des lèvres qui avaient fait mes rêves ensorcelants, me pointa du doigt pour me montrer à ses amis, et partit à rire. Je ne sais pas si j'avais bien entendu, mais je croyais vraiment les avoir entendus me traiter de toutes sortes de noms tels que ''bisexuelle dégueulasse, attend qu'on vienne te voir chez toi, tu vas voir que tu vas te suicider assez vite !'' ... Et pourtant, la fille si belle que je regardais et détaillais toujours, à l'école ou simplement quand elle passait devant chez moi, j'avais eu l'impression, et je n'en étais vraiment pas sûre, je cru voir une étincelle de désolation ou de pitié dans ses yeux. La pitié m'éc½urait, mais quand quelqu'un daignait en avoir un peu pour moi, j'étais tout de même un peu heureuse, car maintenant les gens avaient appris à m'éviter, question de ne pas ternir leur réputation, ou parfois même parce que j'étais considérée dangereuse. Même la psychologue de l'école avait demandé à la direction de ne plus me voir, et ses mots avaient été que je lui faisais peur et qu'autant de souffrance n'était pas normal et franchement pas pour ses capacités professionnelles. Elle avait donc été claire sur le sujet, elle ne voulait plus me voir, point barre. Les professeurs comme tout le personnel de l'école ne m'adressaient plus la parole de peur que je n'explose en larmes, ou comme la dernière fois, que je n'éclate en furie. En très peu de temps et tout cela à cause que selon mes parents je faisais une dépression, je m'étais fait beaucoup d'ennemis, ou en des mots moins graves, de connaissances qui ne m'appréciaient plus vraiment. Mes amis se tenaient maintenant avec ceux qu'ils avaient tant détestés, simplement de crainte qu'on ne les apparente à moi. Tous ces événement des derniers jours se bousculaient dans ma tête, et je décidai de changer de chanson, elle commençait décidément à me taper sur les nerfs. Lorsque j'enfouis ma main dans ma poche, je sentis une douleur à ma main, la sortis rapidement comme un réflexe de là, et me rendis compte que je m'étais entaillé la main avec quelque chose. J'y replongeai ma main et y découvris un canif. Tout à coup, quelque chose me passa par la tête, et jamais auparavant je n'y avais pensé, mais maintenant que je n'avais plus rien. Je passai le canif sur mon poignet, tout doucement au début car j'avais peur de la morsure de la coupure, mais je vis que cela n'était rien comparé à mon c½ur souffrant, alors je m'ouvris complètement les veines, sur un bras comme sur l'autre. Je sentis mes forces me laisser, partir loin, et enfin je me sentis bien. J'étais bien, pour la première fois depuis le départ de mon père j'étais libre, je me sentais heureuse. Je me laissai donc aller à la mort sans me débattre, je la laissai faire son travail sans me défendre. Et quelques minutes plus tard, je mourus. Je ne savais pas où j'allais, c'était noir et flou pour moi. Mais au moins, je savais que cet endroit serait mieux que la vie que j'avais vécue sur terre, car la vie sans lui n'était plus qu'un mot. Le lendemain, on me retrouva, et de l'au-delà j'entendais les policiers découvrir mon cadavre et faire leurs procédures lors d'un suicide. Un d'eux partit dans sa voiture, et me pleura. Je ne le connaissais pas, mais ses larmes me faisaient mal au c½ur. Mais maintenant je savais que plus jamais je ne serais dépressive, malheureuse ou triste, car maintenant je vivais gentiment sur les nuages, là où personne ne pourrait plus me détruire... Et j'étais enfin avec elle, elle qui ne m'avait jamais abandonnée jusqu'au jour où une corde avait effleuré son cou lors de la tombée du plafond. Enfin, je pouvais respirer.
- ce n'est qu'une histoire, merci.